Atelier Ka-Yiiri, Kader Kaboré et Sahab Koanda

Art et design contemporain africain - Burkina-Faso

Masques fibres

Sahab Koanda n’est pas l’héritier d’une lignée détentrice des savoirs sacrés entourant la fabrication des masques. Dans son village natal il n’est pas autorisé à pénétrer dans les cases des masques. Il est pourtant enclin dès les années 2000 à explorer les possibles qu’offre leur plastique.
Il ne s’agit pas de briser un interdit mais de « faire du contemporain avec ce qu’on a déjà ». Ce faisant, il joint à sa sensibilité pour le patrimoine immatériel burkinabè sa capacité à faire dialoguer les objets entre eux.

Il débute sa série en 2004 avec des masques de petits formats. En devenant plus imposants ses masques se dotent d’un pouvoir de subjugation. Ils constituent une fable vivante, colorée et loufoque, qui narre une histoire contemporaine.

On remarquera chez tous les masques de Sahab des attributs liés aux sens, qu’il s’agisse de la vue, de l’ouïe, de l’odorat ou du goût. Il accentue tour à tour les yeux, les oreilles, il insiste sur la bouche, elle-même ouverte pour faire jaillir une parole inconnue. La part animale se perçoit à travers les cornes factices ou réelles (vache, antilope, buffle), les crinières et barbiches abondantes ainsi que les becs et pics proéminents. La physicalité trouble rend le masque omniscient puisqu’il dépasse les limites de l’humain et de l’animal.

Plusieurs d’entre les masques sont dotés d’un appendice vertical, caractéristique du « masque à lame » du Burkina Faso et du Mali. La partie ajourée de la lame dressée (ici en caoutchouc et non en bois traditionnel) présente des motifs géométriques qui évoquent à l’artiste les peintures des maisons traditionnelles des femmes Kasséna de la Cour royale de Tiébélé.

L’autre caractéristique est la présence des fibres souvent issues de sacs de riz défaits. Cet emploi des fibres est important car, comme le rappelle Sahab, le masque est à l’origine un ensemble composite constitué d’une « tête », de fibres qui dissimulent son porteur, mais surtout d’une puissance invisible qu’il nomme l’« âme ».
Dans la mythologie Dogon le premier masque n’est autre qu’un ensemble de fibres teintes en rouge. La fonction traditionnelle du masque n’est pas de masquer le corps d’un individu, elle est davantage d’incarner une puissante supérieure, le « mystère » dont parle Sahab.
La musique et la danse, ainsi que la phase de préparation, créent les conditions susceptibles d’engendrer ce phénomène. Il dévoile cette vision à travers l’exposition « Corps et âme » qui se tient en 2015 en partenariat avec l’Institut français de Bobo-Dioulasso.

Dans son processus créatif Sahab Koanda aime rappeler la phrase de Lavoisier qu’il a fait sienne depuis des années : « Rien ne se gâte, rien ne se perd, tout se transforme ».

Masque Guerrier
Fortement marqué par les images de Shaka Zulu feuilleton télévisé sud-africain de 1986 mettant en scène un héros de la lutte anti-coloniale du XIXe siècle, Sahab s’empare de la thématique guerrière. Il intègre à ce masque un fragment de porte en fer rouge, des cornes d’antilope et des fibres issues de sac de riz.

Masque Trait d’union
Ce masque arborant des cuillers rappelle qu’au moment des saisons on doit mettre en commun la nourriture pour honorer les ancêtres auprès du chef de la communauté. Chacun apporte ce qu’il a, qui du tô, qui du riz soumbala, qui du poulet…Le sens collectif doit toujours primer sur l’individu. « Une seule main ne peut pas ramasser la farine ». L’union fait la force.

Cuillères, bois sauvage récolté dans la forêt + fer récupéré d’un capot de moto, cornes, couvercle de bidon

Masque La réussite
Lorsque l’on se bat ensemble pour atteindre un objectif et que celui-ci est atteint alors on se réunit pour fêter cette réussite. On s’assoie et on consomme en commun. A la mode occidentale cela se concrétise avec des couverts. On ne relève pas un défi tout seul. Pour ce masque j’ai récupéré un morceau d’aluminium blanc provenant d’une moto et qui masquait la courroie de transmission.

Estelle Onema. Entretiens avec Sahab Mai 2020.